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	<title>Tears of the Night &#187; Liberté d&#8217;expression</title>
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	<description>Le blog de Paul de Senquisse</description>
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		<title>Penser, parler, et être libre. Deux poids, deux mesures ?</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Jan 2015 16:28:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Paul de Senquisse</dc:creator>
				<category><![CDATA[TotN]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-847" href="http://desenquisse.com/totn/?attachment_id=847"><img class="alignright size-medium wp-image-847" title="Manifestation pour la Liberté d'Expression, Paris, 11 janvier 2015" src="http://desenquisse.com/totn/wp-content/uploads/2015/01/10915306_10152777631821130_7930669111652003746_n-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Cela fait aujourd&#8217;hui une semaine, jour pour jour, que des <strong>déséquilibrés fous de dieu</strong> se sont introduits dans les locaux d&#8217;un organe de presse satirique en France pour y effectuer le massacre que l&#8217;on sait (et dont je parlais un peu <a href="http://desenquisse.com/totn/?p=823">ici la semaine dernière</a>). Plusieurs évènements se sont enchaînés, allant d&#8217;évènements graves, et <strong>tristement prévisibles</strong> (des forces de police prises pour cible par les terroristes et autres sympathisants d&#8217;yceux, les terroristes en questions abattus après une prise d&#8217;otage), aux évènements qui auraient pu être futiles mais se sont révélés d&#8217;<strong>agréables surprises pour le cynique que je suis</strong>, parfois, dans ce genre de cadre médiatique (près de <strong>4 millions de personnes en France</strong> dimanche, et des slogans réclamant <strong>plus de liberté et de tolérance</strong> plutôt que ceux auxquels ont aurait pu s&#8217;attendre, plus de sécuritaire ou de rejet du bouc émissaire facile à montrer du doigt). On a tout de même eu le droit à des choses inquiétantes. Un boom prévisible des requêtes internet cherchant à se FN-iser un peu, au cas où. Des politiques de tout bord cherchant à récupérer l&#8217;affaire pour se mettre en avant, chacun cherchant à être &laquo;&nbsp;<strong>encore plus Charlie</strong>&nbsp;&raquo; que le voisin, certain n&#8217;hésitant pas à parler de la nécessité d&#8217;un <strong>Patriot Act</strong> à la française (ou comment ne <strong>RIEN</strong> comprendre au message du peuple dimanche dernier). Jusqu&#8217;à <a href="http://www.metronews.fr/info/marche-pour-charlie-hebdo-comment-nicolas-sarkozy-a-voulu-s-inviter-sur-la-photo-historique/moak!QNG66sWO7DPVE/">l&#8217;indécence quand un ancien président au nom de son ego encore plus enflé que le mien</a> n&#8217;a pas hésité à bousculer le protocole défini et à jouer des coudes entre d&#8217;autres chefs d&#8217;état pour arriver au premier rang pendant quelques instants et être sur l&#8217;une des photos amenées à faire le tour du monde. <strong>A vomir</strong>.</p>
<p>L&#8217;une des meilleures choses à retenir de ces évènements tragiques est qu&#8217;ils ont remis <strong>le dialogue autour de la liberté d&#8217;expression</strong> sur le devant de la scène. Fidèle lecteur, habituée lectrice, tu sais que c&#8217;est un peu l&#8217;une de mes marottes (si ce n&#8217;est *<strong>LE</strong>* concept idéaliste auquel je me sens le plus accroché dans ma vie) et j&#8217;ai pendant de nombreuses années été presqu&#8217;<strong>un extrémiste du &laquo;&nbsp;on DOIT pouvoir dire tout, et tout le temps, et à n&#8217;importe qui&nbsp;&raquo;</strong>. Voir ce débat mis en avant, et des personnalités ainsi que des anonymes à travers le monde scander les principes d&#8217;une <strong>liberté d&#8217;expression inviolable</strong> m&#8217;a forcément fait plaisir. Et puis le <strong>retour de bâton</strong> prévisible s&#8217;est abattu sur ma liesse lorsque pour des propos totalement déplacés (voire carrément <strong>abjects</strong>) un certain humoriste anti-sioniste habitué des tribunaux en France se retrouve actuellement en garde à vue. Depuis, <strong>nouvelle effervescence</strong> sur les réseaux sociaux, et ceux qui hier scandaient l&#8217;inviolabilité de la liberté d&#8217;expression s&#8217;empressent ce matin de féliciter le travail de la justice en France, contents de voir Dieudonné <strong>incarcéré</strong> pour ses propos. Tu le vois venir <strong>gros comme une maison</strong>, le déséquilibre dont je vais te parler, là, maintenant, tout de suite, curieux lecteur, intriguée lectrice ?</p>
<p>Mais avant de te mettre le nez dans le <strong>discours à deux vitesses</strong> des chevaliers blancs anonymes d&#8217;Internet et de cette espèce d&#8217;<strong>ostracisme public</strong> et de <strong>bien-pensance écoeurante</strong> qui fait vibrer le pouls des flux électroniques sociaux, en espérant que tu n&#8217;en fasses pas partie, il faut que je t&#8217;avoue une chose. Depuis mes derniers billets sur le sujet,<strong> j&#8217;ai moi même évolué</strong> vis à vis de ce que je pense. Si, si, je te promets, incrédule lecteur, bouche bée lectrice. J&#8217;ai beau être un <strong>égocentrique histrionique assumé</strong>, et avoir des idées bien arrêtées sur la vie, l&#8217;univers, et le reste (<strong>42</strong>), dont je peux débattre avec fougue et ferveur de la plume ou de la langue en face à face, je me considère néanmoins comme <strong>intellectuellement intègre</strong> et je me remets sans cesse en question à titre personnel et idéologique. La vie est un chemin où chaque pas est une nouvelle information, un nouveau savoir, une nouvelle donnée, et si à un moment donné je défendrai telle ou telle position bec et ongles, <strong>je la défends aussi vis à vis de moi</strong> même et mes idées ne sont pas gravées dans le marbre, dans un coin de mon cerveau. Depuis de nombreuses années, j&#8217;ai toujours été un <strong>extrémiste de la liberté d&#8217;expression</strong>, mais depuis quelques mois (un peu avant l&#8217;affaire Charlie, tout à commencé lors d&#8217;un <strong>repas avec deux amis</strong> autour d&#8217;une flamm&#8217; et de quelques bières, même si les évènements récents m&#8217;ont aidé à ancrer mes nouvelles positions dans le réel et à tester leur cohérence) je conçois qu&#8217;<strong>il n&#8217;est pas forcément mauvais</strong> que la loi définisse un certain cadre à la liberté d&#8217;expression.</p>
<p><strong>Ne t&#8217;emballe pas</strong> et ne monte pas sur tes grands chevaux, outré lecteur, choquée lectrice habituée de mon discours habituel. Ma position est toujours <strong>bien plus laxiste que la loi française actuelle</strong>, je te rassure. <strong>Mais</strong>. Oui, il y a maintenant un &laquo;&nbsp;<strong>mais</strong>&laquo;&nbsp;. Voici ma Nouvelle Version &#8482; de ce que la liberté d&#8217;expression <strong>devrait</strong> être dans une société utopique (et plus précisément dans <strong>MA</strong> société utopique). Déjà, et c&#8217;est <strong>SENCÉ</strong> être le cas en France, les limites de la liberté d&#8217;expression devraient toujours être <strong>répressives</strong> et non <strong>préventives</strong>. En gros, on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n&#8217;importe qui, sans être inquiété par la loi <strong>en amont </strong>mais devoir en assumer les éventuelles conséquences légales en aval. En pratique, actuellement en France, c&#8217;est dans les textes mais concrètement <strong>ce n&#8217;est pas toujours appliqué</strong>, et pour des raisons fumeuses certains fonctionnaires ont pu récemment faire interdire, par exemple, certaines représentations du dernier spectacle de Dieudonné avant qu&#8217;elles aient lieu, &laquo;&nbsp;par sécurité&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;pour préserver l&#8217;ordre public&nbsp;&raquo;, et j&#8217;en passe, dans <strong>une version hallucinante d&#8217;un Minority Report idéologique</strong>, on te tape dessus pour ce que tu allais <strong>probablement</strong> dire, et sur les <strong>probables</strong> réactions du public face aux <strong>probables</strong> réactions des anti&#8230; Bref, hallucinant au XXIème siècle selon moi, je sais que tout le monde ne partage pas cet avis, mais <strong>c&#8217;est mon opinion</strong>.</p>
<p>En revanche, si j&#8217;affirme toujours qu&#8217;<strong>on devrait pouvoir dire tout, tout le temps, et à n&#8217;importe qui</strong>, je reconnais que même vis à vis de la loi (et non plus seulement vis à vis d&#8217;un contexte social, qui était ma position précédente), <strong>la liberté d&#8217;expression n&#8217;est pas un blanc-seing lavant l&#8217;auteur d&#8217;un propos de ses conséquences légales</strong>. Et pour moi il y a deux cas où des conséquences d&#8217;un cadre légal doivent être considérées <strong>dans une société idéale</strong>. Le premier cas est la <strong>manipulation délibérée d&#8217;une information</strong> présentée comme factuelle. On tombe ici dans l&#8217;exemple classique du négationnisme qui est interdit en France par exemple, mais sans forcément se cantonner à la seconde guerre mondiale. Si un historien se met à publier un livre sur Charlemagne par exemple où il affirme que ce dernier <strong>organisait des partouses dans son palais</strong> et s&#8217;est suicidé pendant l&#8217;une d&#8217;elles en se plantant une dague dans la gorge, et qu&#8217;il le présente comme <strong>factuel</strong>, il devrait y avoir des conséquences légales pour conserver une trace de <strong>réalité historique</strong>. L&#8217;autre cas nécessitant des conséquences selon moi (et c&#8217;est sur ce point que la conversation mentionnée plus haut a commencé à faire fléchir mes positions autrefois inébranlables) est <strong>l&#8217;incitation à commettre un crime ou un délit</strong>. Quand une personne (que ce soit un politicien célèbre ou un blogger anonyme) incite quelqu&#8217;un à aller voler la voiture de Michel ou à aller égorger Samantha, la loi devrait prévoir des conséquences <strong>en cas de mise en application</strong> par autrui de cette injonction.</p>
<p>C&#8217;est sur ce point, par exemple, que je me démarque de l&#8217;actuelle législation française <strong>punissant l&#8217;incitation et l&#8217;apologie de divers crimes et délits</strong> (avec toute une ribambelles de circonstances aggravantes en fonction du lieu, de la portée du message, et de celui ou celle qui le profère) et qui me semble trop répressive. C&#8217;est &laquo;&nbsp;grâce&nbsp;&raquo; à la portée de cette loi que Dieudonné a passé la nuit en cellule, accusé d&#8217;avoir fait l&#8217;apologie de l&#8217;un des preneurs d&#8217;otages dans un statut Facebook (était-ce une apologie délibérée, était-ce de la provoc, le statut en question peut-il vraiment être considéré comme une apologie ou comme une tentative d&#8217;humour pas drôle et d&#8217;ailleurs retirée par le principal intéressé au bout de quelques minutes&#8230;? Ça sera à la <strong>justice</strong> de trancher, et ce n&#8217;est pas le propos ici), pour la plus grande joie des <strong>forces armées de la morale et du bon goût</strong>. Moi ça me donne plutôt <strong>envie de vomir</strong>. Si je concède que la loi doit punir une incitation à un crime ou un délit lorsque ce délit est en effet commis (la fin de cette affirmation est importante, pour moi quelqu&#8217;un qui dit &laquo;&nbsp;vous devriez tuer Samantha&nbsp;&raquo; <strong>n&#8217;a pas à être inquiété</strong> si personne n&#8217;a essayé de tuer la dite Samantha depuis que les propos ont été proférés), je trouve que <strong>punir au nom de la loi</strong> quelqu&#8217;un faisant juste l&#8217;apologie d&#8217;un crime (sans l&#8217;avoir incité) est complètement hallucinant. Si Bob assassine Nicolas, quelqu&#8217;un qui va dire &laquo;&nbsp;ouais, bravo Nicolas&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;Bob c&#8217;est mon nouveau héros&nbsp;&raquo; ne devrait pas avoir à être inquiété par la <strong>JUSTICE</strong> et par la <strong>LOI</strong>. En revanche, qu&#8217;il soit en conséquence ridiculisé pour cette apologie sur internet, que ses amis se détournent de lui, ou que sa famille lui crache à la gueule pour ses propos de mauvais goût, <strong>c&#8217;est &laquo;&nbsp;normal&nbsp;&raquo;.</strong> Mais jusqu&#8217;à preuve du contraire <strong>toute personne a le DROIT d&#8217;être un connard</strong>, le DROIT d&#8217;avoir des idées de merde (sinon il n&#8217;y aurait pas tant de voix FN aux diverses élections), et puisqu&#8217;on a le droit de <strong>PENSER</strong> ces choses de merde, on devrait aussi avoir le droit de les <strong>DIRE</strong> sans être inquiété, voire <strong>ARGUMENTER</strong> pour une modification en conséquence de telle ou telle loi si on la trouve inique. Ne serait-ce que pour éviter les effets sous-marins, les groupuscules secrets se réunissant dans l&#8217;ombre pour dire du mal de X ou encenser Y, et tout simplement parce que ça permet aussi de <strong>faire un tri sélectif de ses contacts</strong>. J&#8217;ai beau être <strong>contre la peine de mort</strong>, j&#8217;ai déjà sans sourcillé appliqué la &laquo;&nbsp;<strong>peine de merde</strong>&nbsp;&raquo; à certains de mes contacts pour infraction répétée au bon sens et diffusion éhontée à répétition d&#8217;idées <strong>nauséabondes</strong>. Je suis trop gentil (<strong>ne ris pas</strong>) pour le faire systématiquement, mais quand c&#8217;est argumenté avec véhémence ou répété à longueur d&#8217;année, j&#8217;atteins de plus en plus rapidement mon <strong>point de saturation</strong>. Mais c&#8217;est une &laquo;&nbsp;peine&nbsp;&raquo; sociale. Quand je retire Jean-Michel de mes contacts Facebook et que je supprime son numéro de téléphone de mon GSM, il n&#8217;y a pas de conséquence <strong>légale</strong>. C&#8217;est juste que je trouve que c&#8217;est <strong>un gros con</strong>. Mais si j&#8217;affirme toujours que ce droit à l&#8217;apologie, morale ou amorale, devrait tomber sous le sens, je suis maintenant plus strict vis à vis de l&#8217;incitation au crime ou au délit, même dans le cadre de ma sacrosainte liberté d&#8217;expression : si Jean-Michel affirme &laquo;&nbsp;Va tuer Robert parce que c&#8217;est un homo&nbsp;&raquo; et qu&#8217;un déséquilibré l&#8217;écoute et s&#8217;exécute, ce déséquilibré devrait finir devant les tribunaux, mais Jean-Michel <strong>aussi</strong>.</p>
<p>Se pose ensuite la notion de <strong>proportion</strong>, et le type de peine encourue. Comme la légitime défense, je trouve qu&#8217;<strong>il faut raison garder,</strong> et que la peine doit être proportionnée aux actes. Même dans le cas d&#8217;une incitation flagrante au délit ou au crime (&laquo;&nbsp;Va tuer Robert!&nbsp;&raquo;), la personne principale à juger pour le crime lui-même est <strong>son auteur</strong>, et si je considère que l&#8217;incitateur devrait être puni par la loi, il faudrait que ce soit une peine d&#8217;intérêt général, ou juste une amende proportionnelle à la gravité du crime ou du délit, et du degré auquel cette incitation a été menée à bien. Foutre quelqu&#8217;un en taule pour quelque chose qu&#8217;il a <strong>pensé ou dit</strong>&#8230; quelle que soit le niveau d&#8217;horreur ou d&#8217;inconscience des propos, c&#8217;est juste <strong>complètement stupide à mes yeux</strong> (je sais que ce n&#8217;est pas le cas de tout le monde, mais <strong>c&#8217;est mon opinion personnelle</strong>, et sur ce point elle n&#8217;a pas bougé&#8230; Après tout tu viens ici pour connaître mon opinion, alors laisse moi aller jusqu&#8217;au bout, indigné lecteur, outrée lectrice). Dans un cas très particulier je peux reconnaitre un certain degré lorsque l&#8217;incitation devient un <strong>ordre</strong>, dans un système hiérarchique (ex : un général d&#8217;armée qui ordonne a ses hommes d&#8217;abattre Robert sans raison valable), et encore. Et encore. <strong>Nul n&#8217;est censé ignorer la loi</strong>, et un ordre contraire à la loi devrait être systématiquement ignoré par un subalterne, même à l&#8217;armée. Mais je n&#8217;ai jamais été très copain avec les militaires, et je pense qu&#8217;on ne se comprendra jamais sur ce point.</p>
<p><strong>Tout ça pour dire</strong>. Pour dire que si j&#8217;ai trouvé le statut-éclair de Dieudonné <strong>complètement déplacé, pas drôle, et carrément de mauvais goût </strong>(et que le bisounours que je suis préfère croire qu&#8217;il s&#8217;en est rendu compte de lui même et que c&#8217;est pour ça qu&#8217;il l&#8217;a supprimé presque immédiatement), je trouve ça <strong>absolument effarant et lamentable</strong> qu&#8217;il ait été placé en garde à vue pour ça. On ne devrait jamais incarcérer quelqu&#8217;un pour une parole, <strong>aussi odieuse soit-elle</strong>. Mais je trouve encore plus lamentable que certains des &laquo;&nbsp;Charlie&nbsp;&raquo; d&#8217;hier, défenseurs de la liberté d&#8217;expression, crayon géant à la main, <strong>défilant dans les rues en chantant &laquo;&nbsp;liberté&nbsp;&raquo;</strong>, se félicitent aujourd&#8217;hui de la peine encourue par l&#8217;humoriste, ou applaudissent virtuellement en apprenant que certains des jeunes et moins jeunes ayant ouvertement et cette fois sans doute possible applaudi les terroristes sur Twitter ou Facebook soient aujourd&#8217;hui recherchés et mis face à leurs propos devant la justice, sans voir combien leur propos est aujourd&#8217;hui à <strong>deux vitesses,</strong> ni voir la vitesse à laquelle ils ont <strong>changé leur fusil d&#8217;épaule </strong>lorsqu&#8217;ils ont dû faire face au <strong>côté obscur de la morale</strong>. Même si j&#8217;admet que &#8211; surtout pour les internautes mentionnés plus haut pour lequel aucun doute ni prétention comique n&#8217;est possible &#8211; au regard de la loi française, l&#8217;apologie de crimes étant punie, c&#8217;est tristement compréhensible de faire appliquer cette loi, même si je la trouve atterrante. Je trouve néanmoins terriblement cynique de voir cette loi appliquée <strong>dans le cadre du combat de la liberté d&#8217;expression</strong>, et de voir tant de gens réclamer de la prison plutôt qu&#8217;une amende. C&#8217;est &laquo;&nbsp;facile&nbsp;&raquo; de défendre la liberté d&#8217;expression de quelqu&#8217;un qu&#8217;on approuve ou qui est, tragiquement, devenue une victime d&#8217;un zélote avide de sang. <strong>Facile de s&#8217;indigner</strong> quand quelqu&#8217;un use de force pour faire taire quelqu&#8217;un d&#8217;autre, parfois de manière définitive. Mais c&#8217;est beaucoup plus difficile, et pourtant <strong>autrement plus important</strong>, de défendre aussi la liberté d&#8217;expression de ceux qui s&#8217;en servent pour dire des choses avec lesquelles nous ne sommes pas d&#8217;accord, voire pour dire des choses odieuses, moralement indéfendables, voire criminelles (et d&#8217;utiliser plutôt son propre cerveau et son propre comportement pour donner une réponse <strong>intellectuellement juste</strong> à un ramassis d&#8217;excréments). Mais mon avis est clairement tranché (et si tu n&#8217;es pas d&#8217;accord, véhément lecteur, implacable lectrice, soit gentil de bien vouloir me jeter tes étrons fumants en pleine djeule si tu le souhaites, mais de ne pas me mettre en prison) : si vous vous prétendez un minimum <strong>intellectuellement cohérents</strong>, il ne peut pas, ou en tout cas <strong>il ne devrait pas</strong>, y avoir deux poids et deux mesures.</p>
<p>*****</p>
<p>(pour mémoire, voici un lien vers <a href="http://desenquisse.com/totn/?p=843">l&#8217;un de mes articles de 2009 sur le sujet</a>, et <a href="http://desenquisse.com/totn/?p=845">un autre de 2010 avec une thématique similaire avec notamment un essai traduit de Neil Gaiman sur le droit de dire des choses horribles</a>)</p>
<p>*****</p>
<p><strong>La citation du jour</strong>: « Le blasphème est un droit extrêmement précieux »<br />
<strong>La chanson du jour</strong>: Motorcycle Emptiness, Manic Street Preachers, « Living life like a comatose, ego loaded and swallow, swallow, swallow&#8230; Under neon loneliness, motorcycle emptiness, [...] everlasting nothingness »</p>
<p>Même si vous avez parfaitement le droit de trouver que ma société idéale serait trop tolérante du droit de dire de la merde, la vie est belle !</p>
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		<title>Où est Charlie ?</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Jan 2015 16:05:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Paul de Senquisse</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sans déconner, tu le fais exprès, monde de merde ? Je reste silencieux pendant presque deux ans, je reviens timidement, et en moins de deux semaines tu me balances le gros évènement de merde qui tape pile là où ça fait mal dans mes valeurs et dans ce qui compte pour moi ? J&#8217;aurais tendance]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-824" href="http://desenquisse.com/totn/?attachment_id=824"><img class="alignright size-medium wp-image-824" title="Liberté d'Expression (Commission Européenne)" src="http://desenquisse.com/totn/wp-content/uploads/2015/01/commission_euro-212x300.jpg" alt="" width="212" height="300" /></a>Sans déconner, tu le fais exprès, <strong>monde de merde</strong> ?</p>
<p>Je reste silencieux pendant presque deux ans, <strong>je reviens timidement</strong>, et en moins de deux semaines tu me balances<strong> le gros évènement de merde</strong> qui tape pile là où ça fait mal dans mes valeurs et dans ce qui compte pour moi ? J&#8217;aurais tendance à dire, &laquo;&nbsp;vaut mieux en rire&nbsp;&raquo;, mais curieusement, là, <strong>j&#8217;ai le sourire qui a du mal a venir</strong>.</p>
<p>Je n&#8217;ai jamais été un grand &laquo;&nbsp;fan&nbsp;&raquo; de Charlie Hebdo. J&#8217;aimais beaucoup <strong>Cabu</strong>, et avec Wolinski c&#8217;était un peu du pile ou face. J&#8217;ai acheté Charlie seulement <strong>une fois dans ma vie</strong>, il y a quelques années, quand ils avaient sorti leur numéro spécial Mahomet &laquo;&nbsp;Charia Hebdo&nbsp;&raquo;, pour soutenir la démarche de liberté d&#8217;expression dans <strong>l&#8217;indignation générale</strong>, à l&#8217;époque, certains media et politiques qui affirmaient qu&#8217;ils feraient mieux de s&#8217;abstenir, à l&#8217;époque (les mêmes, avides de temps-caméra, qui sont des <strong>&laquo;&nbsp;fans de la première heure&nbsp;&raquo; depuis ce matin</strong>), et les menaces d&#8217;attentat, déjà à l&#8217;époque. Parce qu&#8217;en général quand on fait du bruit, dans les media, et qu&#8217;on cherche à limiter la liberté d&#8217;expression (déjà <strong>TRÈS limitée, en France</strong>, malheureusement, contrairement à ce qu&#8217;on croit&#8230; Il y a toujours quelques dizaines de livres <strong>interdits à la vente</strong>, chaque année, et depuis quelques mois le droit de <strong>censurer des pans du web sous décision de l&#8217;Intérieur</strong>, sans avoir à le justifier, à le faire valider par un juge, ou ne serait-ce qu&#8217;à publier la liste pour savoir ce qu&#8217;on nous interdit de voir, au cas où ça ne serait pas légitime&#8230; <strong>que du bonheur</strong> !) j&#8217;ai tendance à soutenir la démarche inverse, à mon échelle (oui je sais, fervent lecteur, admirative lectrice, on ne dirait pas comme ça, mais <strong>mon échelle est tout de même réduite</strong>).</p>
<p>Sauf qu&#8217;aujourd&#8217;hui, les menaces ont été mises à exécution, et <strong>des détraqués au cerveau trop mal lavé d&#8217;intégrisme plutôt que de raison et d&#8217;humanisme</strong> ont fait une descente à Charlie pour y descendre, justement, une bonne partie de l&#8217;équipe, et agents des forces de l&#8217;ordre cherchant à les protéger ou arrêter les coupables. Cabu, Charb&#8230; Y&#8217;a pas de mots, bordel. Un acte totalement <strong>stupide</strong>, qui ne sert à rien qu&#8217;à donner plus de <strong>visibilité</strong> à un message que les fanatiques voulaient taire, qu&#8217;à attirer la haine par effet de bord sur une minorité déjà bien malmenée chez nous, qui ne sert à rien qu&#8217;à faire souffrir, et à vouloir faire peur. Manque de bol, <strong>ça ne fera probablement peur qu&#8217;à ceux qui avaient déjà peur</strong>, ceux qui ont tout aussi peu de culture ou de jugeote et qui ont <strong>l&#8217;amalgame facile</strong>.</p>
<p>Dans un monde libre et sain, <strong>on devrait devoir pouvoir tout dire</strong>, même ce qui dérange et ce qui blesse. <strong>SURTOUT</strong> ce qui dérange et ce qui blesse, parce que ça pousse à se remettre en question, toujours, tout le temps. Quand on est gêné, blessé, ou pas d&#8217;accord avec une idée, <strong>on se contente de l&#8217;ignorer</strong> (il y a déjà plein de gens qui non-achetaient Charlie, c&#8217;est facile, il suffisait de se non-abonner ou de non-aller au buraliste du coin pour le non-choisir sur l&#8217;étalage), voire au mieux, si l&#8217;on est convaincu de sa propre bonne foi, <strong>on y répond avec une idée contraire</strong> mieux argumentée, et <strong>on la défend,</strong> debout, avec la même conviction que ceux de Charlie gardaient en eux. Face à ce genre d&#8217;étron fumant de l&#8217;actualité, <strong>il ne devrait y avoir qu&#8217;une seule réponse</strong>, un mouvement qui fait bloc, des gens qui se rassemblent, <strong>bras dessus bras dessous</strong>, qu&#8217;ils soient blancs, blacks, ou bronzés, catholiques, musulmans ou pastafariens, croyant, athées ou agnostiques. A la mémoire de journalistes, de dessinateurs et de policiers abattus par <strong>des zélotes qui préfèrent la violence au dialogue</strong>.</p>
<p>J&#8217;aimerais croire à une belle réponse collective de la France, comme celle de la Norvège après la fusillade d&#8217;Utøya : &laquo;&nbsp;<em>Nous ne devons pas abandonner nos valeurs face au terrorisme. La réponse à la violence est <strong>encore plus d’ouverture, plus de démocratie</strong>, mais pas de naïveté</em>.&nbsp;&raquo;. J&#8217;aimerais y croire, naif lecteur, espérante lectrice. J&#8217;aimerais y croire, mais <strong>le cynique amer misanthrope qui se cache au fond de moi </strong>et à tendance à pointer encore plus fort le bout de son nez face à ce genre d&#8217;évènements est plutôt convaincu qu&#8217;après les manifestations timides de ce soir, la réponse française sera plutôt un renforcement de la &laquo;&nbsp;sécurité&nbsp;&raquo;, quelques militaires qui paradent en famas pour faire plaisir à mémé, quelques caméras de surveillance en plus, une loi votée en urgence <strong>saccageant encore un peu plus de nos libertés individuelles</strong> au profit d&#8217;une illusion de sécurité ne trompant que les plus naïfs (ou les fanatiques politiques, dont certains ont au moins <strong>autant de mauvaise foi et d&#8217;aveuglement</strong> que les fanatiques religieux ou les Apple-addict), une recrudescence des anti-muslim et des anti-roms (ouais, je sais, rien à voir, mais vous allez voir qu&#8217;ils vont nous trouver un lien, dans le PMU du coin), des prêcheurs du &laquo;&nbsp;c&#8217;est toujours les islamistes les terroristes&nbsp;&raquo; (depuis 2009, <strong>sur 109 attentats en France, il y en a 5 par des islamistes</strong>. Moins de 5%, donc, mais ce sont ceux dont les media parlent le plus et le plus longtemps, ça fait vendre, plus qu&#8217;un attentat en Corse ou dans le midi&#8230;), et encore 10% de plus à la France Marron-Marine à la prochaine élection. <strong>J&#8217;aimerais me tromper</strong>. Mais j&#8217;en doute. Il suffit de voir, déjà maintenant, les commentaires des courageux anonymes d&#8217;internet dans les commentaires des articles traitant de l&#8217;affaire sur <strong>le Point, le Figaro, et autres remugles électroniques</strong> cachant la lie de la population française, <strong>la France de la mesquinerie, du rejet, et de l&#8217;intolérance</strong>, cette France qui grandit un peu plus chaque jour, chaque fois que les journaux remuent la merde, chaque fois qu&#8217;un Cabu se fait fusiller. Cabu, putain&#8230; l&#8217;un des premiers souvenirs illustrés de mon enfance est le nez immense et pointu avec lequel il avait immortalisé Dorothée.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-825" href="http://desenquisse.com/totn/?attachment_id=825"><img class="aligncenter size-medium wp-image-825" title="Il dessinait à la plume" src="http://desenquisse.com/totn/wp-content/uploads/2015/01/B6v-ua8IEAAKb7C.png-large-300x247.png" alt="" width="300" height="247" /></a></p>
<p>Je termine cet article avec une citation de l&#8217;une des victimes, Charb, en 2012: &laquo;&nbsp;<em>Je suis sous protection policière depuis un an, depuis l’affaire “Charia Hebdo”. C’est lourd au quotidien, surtout à Paris, d’être sans arrêt sous surveillance. Mais je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. ça fait sûrement un peu pompeux, mais <strong>je préfère mourir debout que vivre à genoux</strong></em>.&nbsp;&raquo; La vie l&#8217;aura pris au mot. Fauché, avec ses collègues, par la vague nauséabonde de l&#8217;illettrisme et de l&#8217;intégrisme vicieux qui se repaît des esprits faibles pour en faire des moutons à tuer.</p>
<p>Fauchés, certes, mais comme ils l&#8217;avaient voulu : <strong>debout</strong>.</p>
<p>*****</p>
<p><strong>La citation du jour</strong>: « J&#8217;peux quand même pas pleurer devant ma fille&#8230; »<br />
<strong>La chanson du jour</strong>: Mourir pour des Idées, Georges Brassens, « Des idées réclamant le fameux sacrifice, les sectes de tout poil en offrent des séquelles et la question se pose aux victimes novices : mourir pour des idées, c&#8217;est bien beau mais lesquelles ? Et comme toutes sont entre elles ressemblantes, quand il les voit venir, avec leur gros drapeau, le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau. Mourrons pour des idées, d&#8217;accord, mais de mort lente »</p>
<p>Même si c&#8217;est le genre d&#8217;article qu&#8217;on aimerait ne jamais avoir à écrire, la vie est belle !</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Démocratie Imparfaite</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Feb 2012 18:21:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Paul de Senquisse</dc:creator>
				<category><![CDATA[TotN]]></category>
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		<category><![CDATA[Carte d'électeur]]></category>
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		<description><![CDATA[Au cas où certains d&#8217;entre vous se réveilleraient à peine d&#8217;une cuite épique du réveillon de la Saint Sylvestre, nous sommes en 2012. Au cas où certains d&#8217;entre vous reviennent à peine d&#8217;un exil en ermite au fin fond d&#8217;une cave, et découvrent à leur retour Internet et mon blog, 2012 est l&#8217;année des présidentielles,]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-743" href="http://desenquisse.com/totn/?attachment_id=743"><img class="alignright size-medium wp-image-743" title="&quot;Democratie&quot;" src="http://desenquisse.com/totn/wp-content/uploads/2012/02/Cole-ColectivelyCalled-Big-300x242.gif" alt="" width="300" height="242" /></a>Au cas où certains d&#8217;entre vous se réveilleraient à peine d&#8217;une <strong>cuite épique du réveillon</strong> de la Saint Sylvestre, nous sommes en 2012.</p>
<p>Au cas où certains d&#8217;entre vous reviennent à peine d&#8217;un <strong>exil en ermite au fin fond d&#8217;une cave</strong>, et découvrent à leur retour Internet et mon blog, 2012 est l&#8217;année des présidentielles, aux Etats-Unis, certes, en Novembre prochain, mais surtout en France.</p>
<p>Bien que j&#8217;aie relativement calmé le jeu au niveau des articles vaguement politiques (je n&#8217;ai jamais été particulièrement &laquo;&nbsp;militant&nbsp;&raquo; ici), fidèle lecteur, régulière lectrice, tu sais si tu fréquentes ces lieux depuis plusieurs années que <strong>mon coeur est à droite</strong> (notez que j&#8217;ai dit &laquo;&nbsp;droite&nbsp;&raquo; hein, pas UMP, faut pas confondre, <strong>il n&#8217;y a aucun parti de droite en France</strong>), plutôt libéral mais à petite doses, mais en revanche <strong>complètement libertaire</strong>. Si le permis de conduire est clairement le facteur numéro un m&#8217;ayant fait attendre ma majorité lorsque j&#8217;étais mineur (<strong>a long time ago, in a galaxy far far away&#8230;</strong>), le combat au finish a été serré avec le numéro deux, <strong>ma carte d&#8217;électeur</strong>. Depuis l&#8217;obtention de cette carte il y a bientôt quinze ans, j&#8217;ai suivi religieusement <strong>tous</strong> les appels au vote, et me suis déplacé pour aller voter même aux élections gagnées (ou perdues) d&#8217;avance, même pour celles qui me semblaient insignifiantes. En quinze ans, j&#8217;ai manqué en tout et pour tout <strong>DEUX</strong> élections, et dans les deux cas malgré ma légendaire procrastination ce n&#8217;était pas par flemme, c&#8217;était par choix &laquo;&nbsp;politique&nbsp;&raquo; et surtout *<strong>MORAL</strong>*, et dans les deux cas je m&#8217;en suis expliqué ici longuement à l&#8217;époque (et pesant dans la balance le fait qu&#8217;<strong>en France, le vote blanc n&#8217;est toujours pas reconnu comme suffrage exprimé</strong>, et que <strong>RIEN</strong> ne change en pratique dans les chiffres nationaux entre un électeur qui vote blanc et un électeur qui reste chez lui, ce qui reste à mon humble avis un <strong>scandale</strong>). Le fait de voter est important pour moi parce que malgré mon égo sur-dimensionné, je suis convaincu par le régime politique de la Démocratie (même si utiliser ce mot est un abus de langage : nous ne somme pas en &laquo;&nbsp;Démocratie&nbsp;&raquo; mais en &laquo;&nbsp;Démocratie REPRÉSENTATIVE&nbsp;&raquo;, qui en pratique fonctionne comme une oligarchie assumée).</p>
<p><strong>Sauf que</strong>.</p>
<p>Sauf que, en ce moment, j&#8217;ai mal au pays. Et je ne suis pas le seul, d&#8217;ailleurs. Et <strong>ça se voit</strong>, même (surtout!) à l&#8217;extérieur. Depuis 2006, le brillant magazine <em>The Economist</em> (dont mes anciens élèves, s&#8217;ils passent encore dans le coin, doivent bien se souvenir vu le nombre de textes tirés de ce journal sur lesquels je les ai fait bosser!) dresse un indice mondial des démocraties, notées de 1 (Régime autoritaire) à 10 (&laquo;&nbsp;Vraie&nbsp;&raquo; démocratie), et concernant 167 pays. Actuellement, le pays le moins bien classé est, ô surprise, la Corée du Nord (note de 1,08 / 10) et le mieux classé est la Norvège (9,80 / 10). La France, lors du dernier classement, a été <strong>rétrogradée à la 29 ème place, derrière l&#8217;Afrique du Sud</strong>, et a perdu son rang de &laquo;&nbsp;Démocratie&nbsp;&raquo; au profit du titre de &laquo;&nbsp;<strong>Démocratie Imparfaite</strong>&laquo;&nbsp;. Et ça vois tu, effaré lecteur, étonnée lectrice, ça m&#8217;importune beaucoup plus que la perte du AAA dans les agences financières. (source: <a href="http://www.eiu.com//public/topical_report.aspx?campaignid=DemocracyIndex2011" target="new">ici</a> ou encore <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_démocratie" target="new">ici pour les anglophobes</a>)</p>
<p><strong>Le pays, politiquement, va très mal</strong>. Système social complètement <strong>bancal</strong> (Bonne couverture sociale + beaucoup d&#8217;impots ça fonctionne, comme en Suède. Peu de couverture sociale mutualisée par l&#8217;état + peu d&#8217;impôts ça fonctionne, comme aux USA. Bonne couverture sociale + peu d&#8217;impôts, on ne voit ça qu&#8217;en France à travers le monde et OH SURPRISE ! <strong>Ça ne fonctionne pas</strong>!!!), <strong>régression au quotidien des libertés individuelles</strong>, défense des intérêts des lobbys plutôt que de <strong>ceux de la culture et du peuple </strong>(Hadopi et la tentative de l&#8217;exporter, soutien unilatéral du traité ACTA), instauration petit à petit d&#8217;un <strong>état policier à la limite du totalitarisme</strong> (fin de l&#8217;indépendance de la Justice, sommée d&#8217;obéir aux ordres du ministère, vote dans l&#8217;indifférence la plus totale d&#8217;un fichier biométrique de 60 millions d&#8217;innocents présumés), <strong>muselage de la liberté d&#8217;expression *ET* de l&#8217;art</strong> (articles de blogs et commentaires censurés à la demande de ministres, instauration du délit d&#8217;outrage au drapeau, filtrage invisible en amont de certains sites forcé aux ISP) bref, ça sent le pâté.</p>
<p>Vous allez me dire : <strong>tant mieux ! Bientôt les élections</strong> !</p>
<p><strong>Sauf que</strong> je ne sais pas si vous suivez un peu les médias ou ce qui se trouve dans le panier à salade, mais qu&#8217;il y ait ou pas une passation de pouvoir en 2012, nous irons de Charybde en Scylla, les candidats actuellement déclarés étant plus ou moins <strong>bonnet blanc et blanc bonnet pour le pays</strong>. Si l&#8217;UMP (notez que <strong>je ne dis pas &laquo;&nbsp;la droite&nbsp;&raquo; </strong>hein. Droite ça veut dire &laquo;&nbsp;liberté&nbsp;&raquo; en valeur principale, et relisez le paragraphe précédent et ma remarque sur le totalitarisme avant d&#8217;essayer de me convaincre sans succès que l&#8217;UMP est encore un parti de droite) reste au pouvoir, la probabilité d&#8217;avoir une économie A PEU PRÈS stable est raisonnable, mais il y a fort à parier que la <strong>pente glissante vers le totalitarisme</strong> se transforme en glissement de terrain. Si le PS prend le pouvoir (notez que <strong>je n&#8217;ai pas dit &laquo;&nbsp;la gauche&nbsp;&raquo; non plus</strong>) le pays court à la <strong>ruine économique</strong>, et si certaines avancées humaines sont probables (je pense notamment au mariage gay pour lequel la France fait figure de mauvais élève mondial, même si elle n&#8217;est pas seule dans ce cas), son candidat a déjà prouvé qu&#8217;il se moque des notions d&#8217;indépendance et de liberté en ne voulant pas abroger Hadopi et en incluant dans son programme de <strong>nombreuses mesures coercitives qui caressent ma fibre libertaire à rebrousse poils</strong>.</p>
<p>Et les autres, me direz vous ? S&#8217;il est possible, voire probable, que malgré <strong>ses nombreuses démonstrations publiques de son incompétence</strong> Marine Le Pen se retrouve au second tour, elle ne sera <strong>JAMAIS</strong> élue. Un ficus rempoté avec un carton &laquo;&nbsp;ne votez pas pour moi !&nbsp;&raquo; gagnerait au second tour contre Marine Le Pen. Quant aux &laquo;&nbsp;petits&nbsp;&raquo; candidats, si certains sont moins terribles que les favoris en course, <strong>aucun n&#8217;a actuellement le potentiel réaliste d&#8217;aller au second tour</strong>.</p>
<p>En conséquence de quoi, <strong>révulsé</strong> par ce que Sarko, Besson, Morano, Pecresse et autres Hortefeux ont fait de l&#8217;UMP depuis la fin de l&#8217;ère Juppé, <strong>écoeuré</strong> par les perspectives d&#8217;une &laquo;&nbsp;Team Hollande&nbsp;&raquo; remplie des éléphants du PS et toute aussi <strong>esclave des lobbys</strong> que l&#8217;UMP actuel, <strong>je songe sérieusement, délibérément, à ne pas voter en 2012</strong>.</p>
<p>Oh, j&#8217;irai certainement voter au premier tour. <strong>Pour le principe</strong>, déjà. Pour un petit candidat, <strong>un peu par dépit</strong>, sans conviction de le voir passer au second tour. J&#8217;aurais probablement voté Borloo si la machine UMP ne lui avait pas fait le coup de la <strong>mafia italienne</strong>, tuant sa candidature dans l&#8217;oeuf. En son absence, je voterai sans doute Villepin ou Bayrou. Mais quelles que soit les configurations de second tour actuellement considérées comme &laquo;&nbsp;probables&nbsp;&raquo;, <strong>je ne pense pas que je m&#8217;y déplacerai</strong>. Un peu comme si on me demandait de choisir entre la mort par éviscération et la mort par suffocation, quoi. Les deux ont la même conséquence et sont toutes aussi douloureuses, alors <strong>à quoi bon choisir ?</strong> Il n&#8217;y a pas de bonne solution. Et ça me bouffe.</p>
<p>Si je vivais seul, tel la noblesse de France à l&#8217;aube de l&#8217;été 1789, j<strong>&#8216;aurais fui</strong>. Angleterre, Etats-Unis, voire &#8211; plus proche &#8211; Luxembourg, tout sauf ici. Mais <strong>je suis fiancé</strong> et malheureusement &#8211; seul et immense point négatif à mon bonheur - l&#8217;étoile qui donne de la lumière à mes nuits (c&#8217;est beau hein ? Attendri lecteur, émue lectrice, je <strong>sais</strong> que tu viens aussi ici pour mes jolies métaphores) se retrouve bloquée en France pour ses études (étudier à l&#8217;étranger lui fait peur) et il est <strong>hors de question</strong> que je m&#8217;éloigne d&#8217;elle. Du coup je me retrouve bloqué dans un pays qui, jour après jour, me <strong>révulse</strong> de plus en plus, voire commence à me faire <strong>PEUR</strong>, pour plusieurs années encore, et c&#8217;est une douleur permanente *<strong>ET</strong>* grandissante pour moi, que seul mon amour pour elle rend acceptable. Mais croyez moi que ça me fait mal de payer autant d&#8217;impôts quand je vois (et désapprouve) ce à quoi ils servent. On devrait pouvoir être <strong>objecteur de conscience fiscal</strong>, et refuser de payer l&#8217;impôt (et de recevoir toute aide, donnant/donnant) lorsqu&#8217;on le trouve mal employé. Mais on ne peut pas, alors je paye.</p>
<p>Mais cette année, au second tour, <strong>qu&#8217;on ne me demande pas de me déplacer pour choisir entre la peste et le choléra</strong>.</p>
<p>*****</p>
<p><strong>La citation du jour</strong>: « Au moins il dort tout le temps, sauf quand il ne dort pas ! »<br />
<strong>La chanson du jour</strong>: La Mauvaise Réputation, Georges Brassens, « Le jour du Quatorze Juillet je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas. »</p>
<p>Même si ça fait mal au coeur de me dire que de plus en plus mon pays deviens un pays de merde, la vie est belle !</p>
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		<title>Défendre l&#8217;indéfendable</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 11:31:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Paul de Senquisse</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fidèle lecteur, jolie lectrice, tu vas encore dire que je radote ou que je commence à te gonfler avec ma sacrosainte liberté d’expression, mais bon, vois les choses du bon côté, en ce 14 février la majorité des blogs et des réseaux sociaux va être saturée de messages de Saint Pognon Valentin, donc au moins sur]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Fidèle lecteur, jolie lectrice, tu vas encore dire que je radote ou que je commence à te gonfler avec ma sacrosainte <strong>liberté d’expression</strong>, mais bon, vois les choses du bon côté, en ce 14 février la majorité des blogs et des réseaux sociaux va être saturée de messages de Saint Pognon Valentin, donc au moins sur Tears of the Night tu vas y échapper.</p>
<p>Aujourd’hui est un jour sombre. Et non, pas seulement parce que je me suis réveillé seul dans un lit froid. Mais parce que je me suis levé avec une nouvelle provenant d’Outre Atlantique qui m’a mis, littéralement, les larmes aux yeux. Cette semaine, aux Etats Unis, dans la contrée de la liberté d’expression, <strong>un homme a été mis en prison pour possession de manga</strong>, et je n’arrive toujours pas à l’admettre. Je serais tout autant outré si cela arrivait en France, mais moins « choqué » puisqu’après tout, en France, non seulement cela pourrait arriver (et cela arrive peut être, mais on n’en parle pas, c’est tabou) mais en plus j&#8217;ai découvert en faisant des recherches pour l&#8217;écriture de cet article que <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006418095" target="new">la loi prévoit <strong>verbatim</strong> que cela puisse arriver</a> (article 227-23 du code pénal, donc, le mot important de la première phrase étant &laquo;&nbsp;<strong>représentation</strong>&laquo;&nbsp;) (car bien évidemment, la raison pour laquelle monsieur Handley se retrouve en prison est que certains de ces manga mettaient en scène des dessins sexuels avec des animaux animaux, et d’autres des dessins sexuels avec des enfants, il n’a pas été mis en prison parce qu’il collectionnait Naruto ou Dragonball, hein). J’en avais déjà parlé <a href="http://desenquisse.com/totn/?p=843">dans mon article précédent sur le sujet</a>, mais on oublie trop vite que la liberté d’expression n’est PAS un droit total en France ou en Europe. Alors que c’est censé être le cas dans l’autre nation avec un drapeau rouge, blanc et bleu (avec des étoiles).</p>
<p>J’apprends cette nouvelle en plein milieu d’un article sur la Loppsi que j’étais en train de vous écrire, clamant combien cette loi était encore plus inacceptable qu’Hadopi, combien on pouvait faire voter n’importe quoi en le masquant derrière un voile de « moralité », et combien l’opinion publique pouvait être naïve. En effet, dans la rue, vous trouverez beaucoup plus de gens approuvant sur le principe le blocage de sites pédopornographiques que de gens approuvant les lettres recommandées envoyées aux voleurs de musique. Et pourtant c’est pire : non seulement cela « renforce » les systèmes de cryptage des vrais cyber criminels qui abusent de pauvres gosses, non seulement <a href="http://www.numerama.com/magazine/14308-l-allemagne-abandonne-le-filtrage-de-la-pedophilie-ne-sert-a-rien.html" target="new">l’expérience allemande en a prouvé l’inefficacité</a>, non seulement <a href="http://www.numerama.com/magazine/11506-Wikipedia-censure-par-la-psychose-du-pedophile.html" target="new">cela entraine des dommages collatéraux comme l’anecdote célèbre des Scorpions et de Wikipedia</a>, mais surtout c’est une mesure poudre aux yeux dont la seule conséquence sera de rendre ces crimes moins visibles et identifiables par les gens qui les combattent VRAIMENT (vous savez, la police, tout ça…) avec un impact réel stupide. Croire que retirer les sites vitrine pédopornographiques sur Internet va protéger les gosses victimes de tels abus, c’est un peu <strong>croire que la guerre s’arrête dans le monde quand on n&#8217;en voit pas les images au journal télé</strong>.</p>
<p>Bref, la Loppsi, il y a beaucoup à en dire, mais je m’arrêterai là sur le détail (au pire vous avez le net si le sujet vous intéresse, sinon vous ne seriez pas en train de me lire) mais surtout parce que l’affaire Handley illustre à merveille ce point de vue. Alors où se situe la moralité, et pourquoi est-il essentiel de se battre pour les droits de telles personnes ? La réponse a déjà été écrite, de manière bien plus complète et éloquente que ce que je n’aurais pu le faire, il y a des mois déjà au début de cette affaire par le célèbre écrivain britannique vivant aux Etats Unis, icône de la contreculture, <a href="http://www.neilgaiman.com/" target="new">Neil Gaiman</a>, sur son blog. Je vous invite à lire <a href="http://journal.neilgaiman.com/2008/12/why-defend-freedom-of-icky-speech.html" target="new">son article très pertinent sur le sujet</a>. Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas anglophones, je me permet d’en proposer ici une traduction intégrale en français. Le but n’est en aucun cas de remettre son droit d’auteur en cause mais simplement de rendre accessible à un plus grand nombre cette démonstration brillante du caractère essentiel de la défense de l’indéfendable au nom de la liberté d’expression.</p>
<p>*****</p>
<p><strong>Pourquoi défendre la liberté d’expression dégueulasse?</strong></p>
<p>Ce message va être un peu long, et je m’en excuse. Je voulais parler d’autres choses, mais j’ai commence à écrire une réponse à la lettre ci-dessous ce matin et je me suis laissé emporter.</p>
<p><strong>« J’ai des questions au sujet du cas Handley. En quoi est-ce que le lolicon est une cause qui mérite d’être défendue ? Le Yaoi, tel que je le comprends, n’implique pas forcément de la pédophilie, mais le but du lolicon est bien de sexualiser des filles pré pubères, non ? Et n’y a t’il pas eu des tonnes d’études psychologiques sérieuses pour avancer que si une personne trouve une communauté de soutien pour un fetish, une croyance ou un comportement, il est plus probable qu’elle s’y adonne ? C’est pour ça que les mouvements sociaux sont si importants pour les groupes opprimés ou non conventionnels (ce qui englobe tout depuis la communauté fetish jusqu’au libertarisme de l’économie de marché) et pour cela aussi qu’un groupe comme NAMBLA peut être si effrayant (en gros, c’est un groupe de soutien pour les violeurs de bébés.)</p>
<p>Pour moi, la question est de savoir si le fait de sauver ne serait-ce qu’UN enfant d’un viol ou d’une tentative de viol, ou même d’un peu trop de câlins trop serrés du Bizarre Tonton Marcel, ne justifie t’il pas le fait de retirer une poignée de corps nus d’un comic book ? Après tout, il est absolument possible de sous-entendre ou de discuter de ces problèmes (par exemple si quelqu’un perd sa virginité à 14 ans et décide d’écrire un comic book là dessus) sans nécessairement mettre une bonne grosse image d’un boulet de 14 ans en train de se faire pénétrer en guise d’illustration. Je pense aussi qu’il y a un monde de différence entre l’histoire de Sandman qui illustre le viol d’une enfant comme la chose horrible qu’elle est (et si je ne m’abuse qui se termine avec une mort horrible pour le pervers) et le fait d’illustrer le viol d’enfants comme quelque chose de sexy et d’excitant. Je pense qu’il y a également une différence entre admettre la sexualité des enfants, et de la pornographie avec des enfants comme thème créée pour des adultes. Où se situe le lolicon dans cet éventail de cas ? Et, là encore, pourquoi est-ce que vous, personnellement, pensez qu’il doit être défendu ?</p>
<p>Merci d’avoir lu ma tirade, et de nous être accessible, et engagé dans des causes comme le CBLDF. Je pense que c’est en grande partie une organisation fabuleuse, mais sur ce cas précis je suis vraiment tiraillée.</p>
<p>Jess »</strong></p>
<p>Voyons si je peux soulager un peu ce tiraillement, Jess. J’ai bien peur que cela va être une réponse un peu longue, voire une tirade – un <em>credo</em>, et comment je suis arrivé à penser cela.</p>
<p>Si vous acceptez – comme moi – que la liberté d’expression est importante, alors il va vous falloir défendre l’indéfendable. Cela veut dire que vous allez devoir défendre le droit des gens de lire, ou d’écrire, ou de dire les choses que vous ne dites pas, ou n’aimez pas, ou ne voulez pas qu’on dise.</p>
<p>La Loi est une énorme massue qui ne fait pas et ne fera pas de distinctions entre ce que vous estimez acceptable et inacceptable. La Loi est ainsi faite.</p>
<p>Les gens qui créent de l’art découvrent où se trouvent les limites d’une expression libre en les dépassant et en ayant des problèmes.</p>
<p>LOST GIRLS, par Melinda Gebbie et Alan Moore est long de plusieurs centaines de pages. <a href="http://journal.neilgaiman.com/2006/06/lost-girls-redux.html" target="new">J’ai posté ici une critique complète que j’ai écrite pour Publishers Weekly</a> (<strong>NdT : lien en anglais</strong>). Pour décrire Lost Girls j’ai dit :</p>
<p>« <em>La frontière entre la pornographie et l’érotisme est ambiguë, et elle change en fonction de l’endroit où l’on se trouve. Pour certains, peut être, c’est une question de savoir ce qui vous excite (mon érotisme, votre pornographie), pour certains la distinction est un facteur de classe (c.-à-d. l’érotisme c’est de la pornographie pour les riches). Peut être qu’il y a également un facteur lié à sa distribution – la pornographie sur internet c’est forcément du porno, alors qu’une publication Edwardienne sur un papier couleur crème achetée par des connaisseurs et reliée en volumes hors de prix, c’est forcément de l’érotisme.</em></p>
<p>Et plus loin, spécifiquement sur <em>Lost Girls</em>, j’ai dit :</p>
<p><em>C’est le genre de porno qui n’aurait aucun mal à démontrer à un procureur zélé qu’il a une validité artistique indéniable dépassant largement son simple droit d’exister grâce au premier amendement. </em>»</p>
<p>(Ce qui est le genre de choses qu’on écrit dans une critique en soupçonnant que son but réel, un jour ultérieur, soit de persuader un procureur que l’affaire est déjà perdue et que ça ne vaut pas la peine de s’embêter avec.)</p>
<p>Dans les nombreuses permutations de <em>Lost Girls</em> sur le thème de la sexualité, il y a un peu de contenu mettant en scène des personnages de fiction en dessous de l’âge actuel de la majorité sexuelle. Après tout, c’est une histoire dont le sujet est l’éveil de la sexualité, et nous sommes peu nombreux à s’éveiller à cela exactement le jour de notre dix-huitième anniversaire (ou autre en fonction de l’âge de la majorité sexuelle dans votre pays (<strong>NdT : quinze ans en France, article 227-25 du code pénal</strong>)). On finit per se retrouver à lire un livre dans le livre, une fantaisie à la Beardsley où les personnages de fiction discutent du fait qu’ils sont des lignes tracées sur le papier, des fantasmes métafictionnels, en s&#8217;adonnant à des rapports sexuels incestueux entre mineurs. C’est de l’art, et c’est génial, et c’est profondément problématique, et ça vous fait réfléchir sur la nature du porno et la nature de l’art, et sur là où se trouvent les limites.</p>
<p>La Loi est une grosse massue. Ce n’est pas un scalpel. C’est un gourdin. S’il y a quelque chose que vous estimez indéfendable, et qu’il y a quelque chose que vous estimez digne d’être défendu, et qu’une même loi a le pouvoir de les interdire tous les deux, alors vous allez être dans une position où vous allez défendre l’indéfendable.</p>
<p>Je suis né le jour du jugement du procès de<em> Lady Chatterley</em> en Angleterre, le jour où il a été décidé que <em>L’amant de lady Chatterley</em>, avec ses jurons, sa sodomie, et son sexe cru entre les classes sociales, était digne d’être publié et lu dans une édition bon marché que les pauvres et les serviteurs pourraient lire. Dans cette même Angleterre où, quelques années auparavant, le director of public prosecutions (<strong>NdT : un genre de Garde des Sceaux</strong>) avait menacé de poursuivre le Professeur F.R. Leavis s’il faisait ne serait-ce qu’une référence au <em>Ulysse</em> de James Joyce dans un cours magistral (le DPP en question était Archibald Bodkin, qui a également fait interdire <em>Le puits de solitude</em>), cette Angleterre où, alors que j’avais seize ans et que j’écoutais les Sex Pistols, l’éditeur de <em>Gay News</em> a été mis en prison pour le pour le crime de Blasphème Criminel, pour avoir publié un poème érotique contenant un fantasme sur Jésus.</p>
<p>Lorsque j’étais en train d’écrire <em>Sandman</em>, il y a dix-huit ans environ, j’ai pensé que le Marquis de Sade ferait un bon personnage pour mon histoire sur la Révolution Française (j’adorais le fait qu’à cette époque il était gros, asthmatique et en prison pour avoir refusé de condamner des gens à mort) et j’ai réalisé que je devrais lire ses livres plutôt que des études critiques si j’allais le mettre dans mon histoire. J’ai découvert que les œuvres de De Sade étaient, à l’époque, considérées comme obscènes et non-disponibles au Royaume Uni, et que les Douanes britanniques les avaient déclarées non-importables. Je les ai achetées chez Borders la fois suivante où j’ai été aux USA, et je les ai fait passer à la douane avec un air coupable (il est maintenant possible de commander De Sade au Royaume Uni. L’arrivée du porno sur internet au RU a eu comme conséquence que la police a cessé de courir après ce genre de choses.)</p>
<p>La première fois où je me suis impliqué dans une levée de fonds pour la liberté d’expression dans les comic books c’était fin 1983, début 1984 – Knockabout Comics était en plein dans l’une des batailles fréquentes les opposant aux Douanes britanniques sur ce qui pouvait et ne pouvait pas être importé au RU. Certains comics contenaient des gros mots, du sexe, ou l’usage de marijuana, et les Douanes britanniques saisissaient tout comic book auxquels ils s’opposaient, et souvent bien d’autres comics dans le même colis, forçant Knockabout à se battre dans de longues et onéreuses batailles judiciaires pour récupérer leurs comics. (Je me souviens de l’outrage lorsqu’en 1996 Knockabout a importé quelques livres de Robert Crumb pour illustrer un grand documentaire de BBC TV sur Crumb et que les Douanes britanniques ont confisqué les livres, créant une nouvelle affaire judiciaire. Je suis presque sûr qu’il s’agissait d’œuvres autobiographiques de Crumb contenant des dessins de fantasmes sexuels mettant des mineurs en scène. Comme Tony Bennett de Knockabout l’a dit dans une interview récente, « <em>L’autre affaire était avec les Douanes de Sa Majesté en 1996 au sujet de comics de Robert Crumb et d’images sexuelles explicites. Nous avons également largement gagné ce procès, et les Douanes ont eu l’aimable obligeance de m’écrire après le procès pour m’envoyer une liste définissant quels actes sexuels pouvaient être montrés dans des comics. Je ne l’ai pas encadré, mais c’est un document très précieux.</em> »)</p>
<p>La première fois que j’ai failli envoyer un éditeur en prison pour quelque chose que j’avais écrit était en 1986 ou 1987, dans <em>Outrageous Tales From The Old Testament</em> chez Knockabout (<strong>NdT : « </strong><em><strong>Les Histoires Outrancières de l’Ancien Testament</strong></em><strong> »</strong>) : j’avais réécrit une histoire du <em>Livre des Juges</em> contenant un viol et un meurtre, et l’affaire a été portée au tribunal pour contrevenir une loi Suédoise sur les représentations d’images de violence contre les femmes. L’affaire a été gagnée lorsque la défense a mis en avant que les mots étaient extraits de l’édition King James de la bible, et que les images étaient une juste représentation de cette scène…</p>
<p>(Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas le Livre des Juges par cœur, voici <a href="http://fr.wikisource.org/wiki/Livre_des_Juges" target="new">une version en ligne de la Bible et de la scène qui a causé le procès</a> :</p>
<p><em>Pendant qu’ils étaient à se réjouir, voici, les hommes de la ville, gens pervers, entourèrent la maison, frappèrent à la porte, et dirent au vieillard, maître de la maison : Fais sortir l’homme qui est entré chez toi, pour que nous le connaissions.</em> (<strong>NdT : la version anglaise de la Bible est encore plus explicite : « so we can have sex with him. »</strong>)</p>
<p><em>Le maître de la maison, se présentant à eux, leur dit : Non, mes frères, ne faites pas le mal, je vous prie ; puisque cet homme est entré dans ma maison, ne commettez pas cette infamie. Voici, j’ai une fille vierge, et cet homme a une concubine ; je vous les amènerai dehors ; vous les déshonorerez, et vous leur ferez ce qu’il vous plaira. Mais ne commettez pas sur cet homme une action aussi infâme.</p>
<p>Ces gens ne voulurent point l’écouter. Alors l’homme prit sa concubine, et la leur amena dehors. Ils la connurent, et ils abusèrent d’elle toute la nuit jusqu’au matin ; puis ils la renvoyèrent au lever de l’aurore. Vers le matin, cette femme alla tomber à l’entrée de la maison de l’homme chez qui était son mari, et elle resta là jusqu’au jour.</p>
<p>Et le matin, son mari se leva, ouvrit la porte de la maison, et sortit pour continuer son chemin. Mais voici, la femme, sa concubine, était étendue à l’entrée de la maison, les mains sur le seuil. Il lui dit : Lève-toi, et allons-nous-en. Elle ne répondit pas. Alors le mari la mit sur un âne, et partit pour aller dans sa demeure.</p>
<p>Arrivé chez lui, il prit un couteau, saisit sa concubine, et la coupa membre par membre en douze morceaux, qu’il envoya dans tout le territoire d’Israël.</em><br />
)</p>
<p>Et dans chaque affaire que j’ai mentionné jusqu’à présent, il serait possible de réécrire la lettre de Jess ci-dessus, en expliquant que seuls les pervers voudraient avoir envie de lire <em>Lady Chatterley</em>, ou voir des images de femmes violées, ou de lire <em>Lost Girls</em> ou les œuvres de Robert Crumb, et en mentionnant que si ne serait-ce qu’une personne était sauvée d’un câlin d’un tonton bizarre ou, en effet, d’être violée en pleine rue, alors les interdire ou faire un procès à ceux qui les écrivent, les dessinent, les publient, les vendent, ou – maintenant – les possèdent, alors cela en vaut la peine. Parce que c’était exactement le point de vue des gens qui interdisaient ces livres ou empêchaient les gens de les lire. <em>Ils pensaient faire quelque chose de bien.</em> Ils pensaient défendre les autres gens contre quelque chose dont ils avaient besoin d’être protégés.</p>
<p>J’ai adoré venir m’installer aux USA en 1992, principalement parce que je suis tombé amoureux de l’idée que la liberté d’expression était une chose essentielle. J’en suis toujours convaincu. En dépit de tous leurs défauts, les USA ont la Liberté d’Expression. Le Premier Amendement déclare qu’on ne peut pas être arrêté pour dire des choses qui ne plaisent pas au gouvernement. Tu peux dire ce que tu veux, écrire ce que tu veux, et savoir que le remède contre quelqu’un qui dit ou qui écrit ou qui montre des choses qui t’offensent est de <em>ne pas le lire, ou de t’exprimer contre</em>. J’aime avoir le droit de lire quoi que ce soit pour m’en faire ma propre opinion.</p>
<p>(Il est bon de signaler qu’au Royaume Uni, par exemple, il n’y a pas de loi similaire, et qui même la Cour Européenne des Droits de l’Homme a statué qu’<em>interférer avec la liberté d’expression était « nécessaire dans une société démocratique » afin de garantir les droits d’autrui « d’être protégé contre les insultes gratuites envers leurs croyances religieuses. »</em>)</p>
<p>Alors lorsque Mike Diana a été mis en examen – et, en 1996, reconnu coupable – pour obscénité dans les comics de son magazine « Boiled Angel », et condamné à une tonne de choses, y compris (si ma mémoire est bonne) trois ans de prison avec sursis, une amende de trois mille dollars, l’interdiction d’être dans la même pièce que quiconque de moins de dix-huit ans, plus de mille heures de travaux d’intérêt général, et l’interdiction de dessiner quoi que ce soit que quiconque pourrait considérer obscène, avec ordre pour la police locale de faire régulièrement des descentes de contrôle à son domicile pendant 24 heures sans prévenir au préalable pour s’assurer que Mike n’était pas secrètement en train de produire de l’Art au petit matin… c’est là que j’ai décidé que je savais ce qui était Obscène : mettre des artistes en examen pour avoir des idées et tracer des lignes sur du papier. J’ai su qu’à partir de ce moment, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour soutenir le Comic Book Legal Defense Fund. Que j’aime ou non, que j’approuve ou non ce que faisait Mike Diana n’avait aucune importance. (Pour les curieux, je n’aimais pas les textes dans <em>Boiled Angel</em>, mais j’aimais bien les dessins, qui étaient très personnels et avaient une force crue. Et quelque part dans ma pile de magazines dans ma collection à la cave, j’ai <em>Boiled Angel</em> numéros 7 et 8, que j’ai lu à l’époque pour savoir ce qui était mis en examen, et pour lesquels je suppose que je pourrais maintenant être arrêté…)</p>
<p>La première fois que le CBLDF a agi pour défendre l’un de mes comics, c’était pour l’insert <em>Death Talks About Life</em> à la fin de DEATH : THE HIGH COST OF LIVING, dans lequel on voit Death mettre un préservatif autour d’une banane en expliquant comment ne pas tomber enceinte, malade, ou mort. La Chef de Police de (si ma mémoire est bonne) Jacksonville en Floride a ordonné à un magasin de comics de ne pas le vendre, parce qu’elle trouvait que c’était obscène et encourageait la sexualité des adolescents. Dans cette affaire, il aura suffi d’une lettre de Burton Joseph, le conseiller en droit du CBLDF, au Poste de Police de Jacksonville pour leur expliquer le concept du Premier Amendement (et, par implication, qu’il existait une organisation toute prête à défendre ce genre d’affaires) et ils se sont tus, partis la queue entre les jambes. (C’est en ça que consiste le plus gros de l’activité du CBLDF – des petites choses tranquilles qui mettent fin aux menaces de procès contre les magasins ou les créateurs.) Du point de vue de la Chef de Police, <em>Death Talks About Life</em> était obscène. Elle voulait le voir retiré des rayons. Elle voulait que les gens en soient protégés.</p>
<p>Dans cette histoire, il est évident que vous avez été exposée à du lolicon, et pas moi. Je ne sais pas si vous parlez d’expérience personnelle ici, et si personnellement vous avez été incitée à violer des enfants où à leur faire des câlins douteux en l’ayant sous les yeux. (Je suppose que ce n’est pas le cas. Je suppose que ce n’est pas le cas non plus pour Chris Handley et son énorme collection de manga. J’ai lu des livres affirmant qu’être exposé à du porno cause des viols, mais je n’ai vu aucune preuve statistique comme quoi le porno cause des viols – et au contraire il y a des gens qui affirment que <a href="http://jurist.law.pitt.edu/forumy/2006/06/rape-porn-and-criminality-political.php" target="new">le déclin du nombre de viol aux USA est peut être dû à la plus grande disponibilité du porno</a> (<strong>NdT : lien en anglais</strong>). En toute honnêteté, je pense que c’est un faux problème vis à vis du Premier Amendement, et c’est un débat que je laisserai à d’autres.) Néanmoins, vous semblez vouloir interdire le lolicon, et mettre en examen ceux qui en possèdent, alors que moi non. Vous me demandez : <em>En quoi mérite t’il d’être défendu ?</em> et la seule réponse que j’ai à vous offrir c’est ceci : La liberté d’écrire, la liberté de lire, et la liberté de posséder des ouvrages qui méritent d’être défendus à vos yeux impliquent qu’il faut que vous soyez prête à défendre les ouvrages qui selon vous ne le méritent pas, et même des choses que vous trouvez terriblement de mauvais goût, parce que les lois sont de grosses massues qui ne font aucune différence entre ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas, parce que les parties civiles sont des êtres humains et qu’ils ont des rancœurs ou qu’ils se battent pour être réélus, et parce que l’obscénité de l’un sera l’art de l’autre.</p>
<p>Parce que si vous n’êtes pas prêt à défendre les choses que vous n’aimez pas, lorsqu’ils viendront attaquer les choses que vous <em>aimez</em>, vous aurez déjà perdu.</p>
<p>Le CBLDF défendra votre droit du Premier Amendement en tant qu’adulte de tracer des lignes sur le papier, de dessiner, d’écrire, de vendre, de publier, et maintenant de <em>posséder</em> des comics. Et c’est pour cela que le genre d’ouvrage que vous n’aimez <em>pas</em>, ou ne lisez pas, ou qui n’a aucune valeur artistique ou élément intéressant à vos yeux, est une cause qui <em>mérite d’être défendue</em>. Parce que ce sont les même lois qui régissent ce que vous aimez et ce que vous trouvez répugnant, indépendamment de la limite où se trouve votre frontière de ce qui est <em>répugnant</em> : la loi est une grosse massue qui ne fait pas de travail de précision, et parce qu’on ne réalise combien la liberté d’expression absolue est merveilleuse que le jour où on la perd.</p>
<p>(Et pour que ce soit clair, je pense que la pédopornographie et l’exploitation d’enfants réels pour du porno ou du sexe est quelque chose de fondamentalement mauvais et intolérable, parce que de véritables enfants sont directement blessés. Tout comme je pense que <a href="http://news.cnet.com/Police-blotter-Teens-prosecuted-for-racy-photos/2100-1030_3-6157857.html" target="new">mettre deux adolescents de 16 et 17 ans en examen pour « pédopornographie » sous le prétexte qu’ils ont pris des photos sexuelles d’eux même et se les ont envoyés alors qu’ils avaient légalement le droit de faire l’amour</a> (<strong>NdT : lien en anglais</strong>) est complètement, totalement idiot, et un bel exemple de la loi en tant que massue.)</p>
<p>*****</p>
<p>Tout est dit.</p>
<p>*****</p>
<p><strong>La citation du jour</strong>: « En même temps &#8230; lire des mangas &#8230; fallait s&#8217;y attendre quoi ! »<br />
<strong>La chanson du jour</strong>: J&#8217;ai tellement de choses à dire, Michel Polnareff, « J&#8217;avais pour tout bagage des mots et des images. J&#8217;ai eu peur, Dieu me garde, qu&#8217;on garde mon âme à la douane »</p>
<p>Même si on a de plus en plus le devoir d&#8217;en dire de moins en moins, la vie est belle!</p>
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		<title>La plus belle de toutes&#8230;</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Jun 2009 14:54:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Paul de Senquisse</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Censure]]></category>
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		<description><![CDATA[Cela fait un petit moment que mon travail me force à vous bouder ici, alors pour vous récompenser de votre patience, ce nouvel article sera un article de fond sur un sujet sérieux, parce que j’en ai envie, et parce que cela fait longtemps… Malgré le titre racoleur pour toute personne un tant soit peu]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cela fait un petit moment que mon travail me force à vous bouder ici, alors pour vous récompenser de votre patience, ce nouvel article sera un article de fond sur un sujet sérieux, parce que j’en ai envie, et parce que cela fait longtemps…</p>
<p>Malgré le titre racoleur pour toute personne un tant soit peu fleur-bleue, je ne vais pas parler ici d’amour, mais de liberté. Enfin, l’une des libertés, pour être précis. En tant que français, j’ai été élevé dans des écoles, fréquenté des mairies, où l’on nous rabâchait sans cesse la sacro-sainte trinité laïque qui a, dans notre pays, remplacé la trinité chrétienne : Liberté, Egalité, Fraternité.</p>
<p>Il y aurait beaucoup à dire sur l’égalité et la fraternité, aussi, surtout à l’heure actuelle, mais concentrons-nous plutôt sur le premier mot, « liberté », et plus particulièrement sur un type précis de liberté que 99% des français sont convaincus de posséder alors qu’il n’en est rien :</p>
<p><strong>La liberté d’expression</strong>.</p>
<p>Oui, contrairement à ce que l’on pense, en France, la liberté d’expression n’est pas… libre. En effet, il existe une censure légale, des thèmes interdits, des tournures « mal vues », et de plus en plus de répression des « excès » menant notre pays (tout comme la plupart des pays développés en ce moment, il faudrait rappeler George Orwell et Aldous Huxley) vers un discours aseptisé et à de plus en plus de cette auto-censure mêlant langue de bois et langue de coton qui change notre paysage socioculturel en un beau tas d’hypocrisie bien pensante.</p>
<p>Car la liberté d’expression fait peur. Elle fait peur, car pour pouvoir s’exprimer, il faut d’abord réfléchir à ce qu’on veut/va dire. Et pour réfléchir à cela, il faut d’abord penser. Et penser, au XXIème siècle, cela deviens très vite un luxe réservé à une élite, et surtout un mode de vie dangereux, dangereux pour la société actuelle dont les excès sont de plus en plus flagrants et aux conséquences de plus en plus graves. Si on pense, on est de plus en plus amené à la remettre en question, et ça, c’est le Mal(tm). Donc on vous abreuve de Julien Courbet et de Star Academy, du cul des Pussycat Dolls et de matchs de football, pour vous amener à ressentir, jouer avec vos émotions, satisfaire vos besoins (Panem et circenses, du pain et des jeux, ça date de Juvénal, et c’est plus que jamais d’actualité), et surtout, SURTOUT, réduire au minimum vos occasions de penser.</p>
<p>Et ça marche. Et une telle démarche est tellement rassurante pour la masse populaire, tellement simple, que le peuple lui-même tend le bâton pour se faire battre. Et ne me lancez même pas sur le langage SMS et l’appauvrissement du vocabulaire, moins on a de mots, moins ces mots sont précis, moins on peut exprimer une pensée précise, donc moins on pense précisément. Orwell, encore lui, l’avait mis en avant avec son langage simplifié, le « Newspeak », sauf que ce bon vieux George était bien trop optimiste : dans 1984, c’est l’Etat qui développe et impose le Newspeak pour réduire les facultés cognitives du peuple. Dans la vraie vie, c’est le peuple lui-même qui l’a adapté et adopté. Un jour, je ferai un article entier sur ce sujet, mais revenons à nos papillons.</p>
<p>Pourtant, malgré ce bon vouloir proactif du peuple à se laisser décérébrer, il reste encore des gens qui pensent, des gêneurs, et c’est contre eux que s’applique, en vrai, la censure en France. Oh, bien sûr, on continue à publier au journal officiel une dizaine de livres par an officiellement interdits de vente en France, en prenant soin de bien sélectionner des livres bien infâmes et antisémites, ou islamo-extrémistes, ou un bouquin parlant de viols d’enfants. Personne ne songe à être contre une telle censure, et cela suffit pour justifier toutes les autres dérives. Car il y en a, en France, des dérives.</p>
<p>Dérive, lorsque sous couvert d’Hadopi/Lopsi/Grossconneri on en vient à légaliser des « listes noires » de sites Internet communiquées par l’Etat aux fournisseurs d’accès Internet français qui auront obligation de rendre ces sites inaccessibles aux internautes de l’Hexagone. Qui, contrairement aux livres sus-cités, ne seront PAS enregistrés au journal officiel. Aucune transparence, aucun contrôle véritablement possible.</p>
<p>Dérive, lorsque Jérôme Bourreau-Guggenheim, un journaliste de TF1, se voit licencié pour avoir osé dire du mal de Hadopi (vous savez, la loi qui va à l’encontre de la loi européenne et qui punit de manière graduée mais sans recours possible à la présomption d’innocence ? Vous n’avez pas suivi ?) en public. Quand avoir une opinion et avoir le courage de l’assumer devient un motif de licenciement pour « divergence forte avec la stratégie », je trouve cela inadmissible.</p>
<p>Dérive, lorsqu’une mère de famille se retrouve sur le banc des accusés face à une ministre pour avoir commenté « Hou la menteuse » sous une vidéo Dailymotion de la ministre en question. Parce qu’il est bien connu qu’un ministre, ça ne ment jamais. Et qu’une personne écrivant « menteuse » sous une vidéo est autrement plus dangereuse pour la sécurité publique qu’un homme politique lambda qui traiterait un passant de petit con.</p>
<p>Et il y en a d’autres, des exemples, il suffit de creuser un peu pour en trouver. Et ce qui m’inquiète, c’est que cette censure, qu’elle soit réelle et répressive ou qu’il s’agisse de cette auto-censure hypocrite dont je parlais plus haut, personne, ou presque, ne s’en inquiète. Pire encore, de plus en plus de gens l’approuvent et la justifient comme le « mal pour un bien » nécessaire pour lutter contre la pédophilie, le piratage, ou je ne sais quel autre démon moderne brandi par les media comme un épouvantail, qui a existé de tout temps et qui a été (justement) réprimé de tout temps, mais qui sert maintenant comme d’une excuse fourre-tout pour justifier de plus en plus de bornes et de limites aux libertés individuelles, et les faire accepter comme de « Bonnes Idées »(tm) par la majorité de la population.</p>
<p>Parce qu’à mes yeux, il n’y a pas d’autre liberté plus importante, plus essentielle que celle ci. Parce que même les idées les plus dégueulasses, les plus ignobles, les plus abjectes, DOIVENT avoir le droit d’audience, ne serait-ce que pour qu’on puisse se rappeler combien elles sont inacceptables, ces idées, mais surtout parce que lorsqu’on s’engage sur ce terrain glissant, y’a t’il seulement encore possibilité de mettre des limites à ces limites ? Qui décide du bien et du mal ? Du droit de dire, ou de l’obligation de taire ? L’histoire nous a prouvé que la notion de « juste » et la notion de « vrai » dépendent énormément du contexte, et sont des concepts incroyablement flexibles. Et pour cela, pour ne pas se laisser enfermer dans un quelconque carcan cognitif, il me semble absolument capital de se battre pour la liberté d’expression. Parce que même si je ne suis pas d’accord avec tes idées, même si je les trouve répugnantes, je me battrai intellectuellement jusqu’au dernier souffle pour que tu conserve ton droit de les exprimer sans craindre une amende, un emprisonnement, ou 35 coups de fouet.</p>
<p>Parce qu’à l’heure où même eux se mettent de plus en plus à tenter de la limiter voire de la contourner, de lui trouver des exceptions, il me semble important de se rappeler qu’outre-Atlantique il existe une union d’états dont le premier amendement à la constitution est l’une des plus belles et plus indispensables lois jamais écrites par l’homme :</p>
<p>“<strong>Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances</strong>.”</p>
<p>« <em>Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l&#8217;établissement ou interdise le libre exercice d&#8217;une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu&#8217;a le peuple de s&#8217;assembler paisiblement et d&#8217;adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre.</em> »</p>
<p>*****</p>
<p><strong>La citation du jour</strong>: « Ca roule ma poule ! Et une jeunette de 19 ans pour ton ménage, une ! »<br />
<strong>La chanson du jour</strong>: Obstacle 1, Interpol, « But she can read, she can read, she can read, she can read, she&#8217;s bad »</p>
<p>Même si cet article était un peu long, la vie est belle !</p>
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